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Gérard Bouchard se porte à la défense de l’AIEQ


Gérard Bouchard, «Coupe à l’Association internationale des études québécoises. L’étrange insensibilité du gouvernement Couillard», La Presse+, section «Débats», 23 février 2018.


OPINION COUPE À L’ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ÉTUDES QUÉBÉCOISES
L’étrange insensibilité du gouvernement Couillard


GÉRARD BOUCHARD
HISTORIEN ET SOCIOLOGUE
Le gouvernement a décidé d’infliger à l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) une deuxième coupe budgétaire, mortelle celle-là et tout aussi arbitraire que la précédente en 2015. De 230 000 $ qu’il était il y a quatre ans, son budget annuel est alors passé à 135 000 $, une somme que l’on va maintenant amputer de 52 000 $.
Selon de nombreux témoignages, ce sera malheureusement la fin de cet organisme que le gouvernement avait déjà tenté de supprimer en 2014. Cette décision ne fera pas pleurer dans les chaumières, bien sûr, non plus que dans les ministères. Et pourtant ! Il y a bien des raisons de s’en désoler.
Cet organisme a été une formidable vitrine de la culture et de l’ensemble de la société québécoise à l’étranger, en même temps qu’un instrument d’animation exemplaire. À des coûts insignifiants, l’Association instituait et perpétuait des échanges avec un réseau de 3000 chercheurs et créateurs répartis parmi quelques dizaines de pays.
Presque tous rattachés à des universités, plusieurs d’entre eux étaient ainsi amenés à consacrer aux études québécoises une bonne partie de leurs efforts (et de leurs ressources) de recherche. Plus encore, ils invitaient souvent leurs étudiants à choisir un sujet québécois pour leur mémoire de maîtrise ou leur thèse de doctorat. En tenant compte des autres programmes pilotés par l’Association, ce sont 50 000 étudiants qui, chaque année, découvraient le Québec. En retour, l’AIEQ finançait principalement les déplacements de chercheurs et étudiants d’ici pour développer et entretenir les relations soutenant ces activités.
N’importe quels comptables (sauf peut-être ceux du gouvernement ?) pouvaient voir immédiatement l’énorme profit que nous en retirions : ce sont les universités étrangères qui, en définitive, finançaient de multiples projets de recherche sur notre société. Les chercheurs québécois, quant à eux, en tiraient un avantage scientifique en enrichissant leur réflexion, notamment en ajoutant une dimension comparative à leurs travaux.
Un programme de ce genre ne pouvait mieux convenir à une société comme la nôtre, culturellement minoritaire sur ce continent et avide de s’ouvrir aux courants d’idées internationaux en s’intégrant à de multiples réseaux de chercheurs, à moindres coûts.
Je peux en témoigner personnellement à la lumière de tout ce que m’ont apporté mes collaborations avec des intellectuels français, brésiliens, allemands, espagnols, japonais, et autres. Je pourrais pointer des chapitres entiers de mes livres qui sont le fruit de ces expériences. Encore aujourd’hui, je m’interromps souvent dans la rédaction d’un texte pour consulter l’un ou l’autre de ces interlocuteurs avec qui j’ai travaillé.
L’AIEQ, avec des ressources très modestes, a immensément contribué à désenclaver le Québec et à étendre en les enrichissant nos aires de recherche. Mais ce que l’organisme a fait de mieux encore, c’est d’avoir associé de nombreux étudiants québécois à ces activités d’échange ou de collaboration. C’est une chance inouïe qui leur a ainsi été donnée de faire très tôt leurs premiers pas à l’international sous la direction de chercheurs réputés.
Et voilà que, par suite d’un calcul dont les règles sont impénétrables, l’AIEQ se trouve promise à la disparition, elle qui devait déjà se contenter de vivoter. C’est difficile à comprendre. D’abord, c’est faire preuve d’un irrespect profond pour tous ceux et celles qui avaient mis sur pied cet organisme il y a 20 ans, et qui l’avaient fait grandir avec une intelligence, un dévouement et une efficacité remarquables. Mais plus encore, on perçoit ici une grande insouciance, sinon même une sorte de mépris pour la vie intellectuelle et la culture québécoise.
Je songe à Robert Laliberté, un pionnier, gestionnaire et animateur hors pair qui a présidé pendant 15 ans à la croissance de l’Association et qui, par moments, l’a portée à bout de bras, et comme bien d’autres, je m’attriste de voir ce que devient son héritage, comme celui de ses collaborateurs et collaboratrices. C’est d’une profonde ingratitude.
La solution proposée ? Le pelletage habituel : allez dans le privé, assurez vous-mêmes votre financement. Comme si l’État pouvait se désengager de cette éminente responsabilité et comme si nous étions les États-Unis avec ses multiples et richissimes fondations.
Tout cela survient au moment où notre premier ministre, déjà sur le mode électoral, parcourt le Québec en le saupoudrant allègrement de millions en cadeaux… Misère !
NOTE : Dans une lettre au Devoir le 21 février, un représentant  du ministère responsable, tout en restant très imprécis, donne  à entendre que le gouvernement pourrait modifier son approche.  À suivre.

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Cosignataires: Monique Proulx, Larry Tremblay, Catherine Mavrikakis, Samuel Archibald, Lise Tremblay, Serge Lamothe, Audrée Wilhelmy, Éric Dupont, Laurance Ouellet-Tremblay, Carole Poliquin, Pierre Nepveu, Élise Turcotte, Marie Colie Agnant, Jephté Bastien, Patrick Leroux, Alain Beaulieu, Judy Quinn, Chloé Leriche, Guylaine Maroist, Sophie Deraspe, Chantal Ringuet.

Pour signer la pétition de l'AIEQ, cliquez ici.



Il y a peu de temps, le Conseil du trésor du Québec a décrété une coupure de 40% du budget annuel de l’AIEQ, l’Association Internationale des Études Québécoises. Cette mesure, on peut s’y attendre, menace la survie du réseau de l’AIEQ qui compte pourtant plus de 3000 partenaires répartis dans 80 pays ! Plusieurs personnalités et différentes associations ont déjà dénoncé publiquement la situation. Aux voix de Gérard Bouchard, de l’UNE…